Patron, il faut que je te dise, j’ai été agressée.

Patron, il faut que je te dise, j’ai été agressée.

BOOM. Ça, pis recevoir une tonne de brique sur votre bureau, c’est exactement la même chose. Si une de vos employées, de vos collaboratrices vous dévoile qu’elle a vécu une agression sexuelle, c’est qu’elle a une très grande confiance en vous. Elle vous confie son plus lourd secret, vous n’avez pas le droit de la laisser tomber…

Qu’est-ce qui est pire qu’être agressée? Ne pas être crue.

Souvent, dévoiler son agression à son employeur n’est pas un choix. On peut se sentir rejetée, humiliée, jugée et j’en passe. Avec l’avènement du #metoo, le nombre de dénonciations a drastiquement augmenté. Je n’ai pas de statistiques, mais je suis certaine que le nombre de gestionnaires, conseiller RH, intervenants en SST qui ont eu à supporter un employé vivant ce type de trauma a suivi la tendance.

Peux-tu réduire mon stress inutile, SVP?

Suite à mon agression, j’ai choisi de ne pas aller en arrêt de travail. Demeurer à la maison à ne rien faire ne m’aurait été d’aucune aide. Garder mon esprit occupé me fut d’un grand secours. Par contre, c’est vraiment difficile d’exprimer à son employeur ce dont on a besoin de sa part pour aller mieux.

Je n’aime pas le mot victime, quelle étiquette de marde! Je n’aime pas non plus le mot survivante, je ne sais pas pourquoi. Ce qui était important pour moi, c’est que ma vie continue pour ne pas que mon agresseur ait gagné. Dans ma tête, si j’arrête tout, c’est lui qui gagne. Pis crisse, il ne gagnera certainement pas avec moi.

Il n’y a pas de meilleures solutions…

J’ai eu la chance d’être en mesure de nommer mes besoins et d’en discuter franchement avec mon employeur, même si ça n’a pas été facile. À mon bien humble avis, la meilleure question à poser, c’est « Comment puis-je te supporter et être là pour toi? »

Personne ne gère ce type d’événement de la même façon. J’aimerais quand même vous partager quelques attitudes, et comportements qui peuvent mieux supporter l’employée en question.

  • Évitez les jugements — Écoutez. En passant l’écoute, ça se passe la bouche fermée sans essayer de préparer la réponse que vous allez donner.
  • Évitez de douter — Croire ce que votre employée vous dit. Je ne connais personne qui s’invente une agression sexuelle pour avoir quelques journées de congé payées.
  • Évitez de banaliser – « Ben voyons, il a juste mis ses doigts dans ton vagin, ce n’est presque pas un viol » Est-ce que j’ai besoin d’aller plus loin?
  • Évitez de jouer les gérants d’estrade – Je m’explique. C’est toujours facile de remettre en question les décisions et les choix qui ont été faits avant les événements. Vous n’étiez pas là. Contentez-vous d’écouter et d’offrir de l’empathie.
  • Évitez d’ignorer complètement la victime — Peut-être que vous ne vous sentez pas à l’aise à soutenir personnellement votre collaboratrice. Par contre, rien ne vous empêche d’être honnête et transparent sur votre malaise et de lui offrir d’autres ressources.
  • Évitez de la culpabiliser – Nous sommes en 2019, lâchez-moi le « slut shaming» SVP!
  • Évitez de surprotéger – L’objectif d’une victime est de prendre le temps de vivre ses émotions comme elle le souhaite et ensuite de reprendre le cours de sa vie « normale ». Encouragez plutôt son autonomie en lui laissant savoir que vous êtes là pour elle au besoin.
  • Évitez de « tourner la page » pour elle – Votre employée a le droit de vivre ses émotions à son rythme. Ça peut aller de la colère, à la tristesse en passant par toute sorte d’autres choses. Respectez ça, SVP.

Le mot de la fin

En terminant, comme l’enquête policière et les démarches judiciaires sur les événements qui me concernent est toujours en cours au moment d’écrire ces lignes, je ne répondrai à aucune question concernant cet événement directement. Tous les exemples mentionnés ci-haut sont fictifs.

J’ai le privilège d’avoir plus de 40 000 abonnés, j’ai choisi de me servir de cette tribune pour démarrer la discussion. Je vous remercie de m’avoir lue et vous encourage fortement à partager cet article. J’espère que ça pourra faire la différence ne serait-ce que pour une seule personne.

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