L’intimidation c’est un sujet qui me bouleverse. Lorsqu’un jeune se suicide parce qu’il a été victime d’intimidation, ça me mets complètement à l’envers. De la première année à mon secondaire 5, j’ai vécu de l’intimidation sous différentes formes. Que ce soit de simples paroles et insultes jusqu’à des humiliations publiques en passant par des voies de faits… J’en ai eu ma dose.

Si on retourne 28 ans en arrière, j’étais en 5e année. Quand j’ai su qui était mon prof, j’étais super heureuse parce qu’elle avait la réputation d’être très sévère et qu’elle ne laissait rien passer. J’aurais jamais essayé de lui dire que le chien a mangé mon devoir, ça aurait juste pas fonctionné. J’me suis dit que sa sévérité me permettrait de me sauver de mes intimidateurs parce qu’ils seraient punis. J’ai fait tout mon primaire dans une école à vocation musicale, et j’aimais beaucoup ce que je faisais là-bas.

Un jour, un garçon un peu con m’a demandé de signer une feuille parce qu’il voulait collectionner les signatures des autres élèves dans la classe. J’ai signé avec plaisir, j’étais même flattée parce que pour une fois, je ne recevais pas d’attention négative de sa part. Le lendemain, en fin de journée, il m’aborde et m’annonce que j’ai signé une pétition qui demande à ce que je change d’école. WHATTT!!! J’en ai tellement pleuré. Je l’aimais mon école musicale. VRAIMENT. BEAUCOUP.

La mère de cet élève a eu droit à un appel de la part de mon professeur. Le lendemain, grande discussion en groupe. Tous ensemble, on en a parlé. Ça a réglé la situation, et la 6e année fut un peu moins pire.

J’ai eu envie d’en finir plusieurs fois, sans toutefois poursuivre ma réflexion et trouver un moyen de passer à l’acte.

Encore aujourd’hui, ma mère n’est pas au courant de tout ce que j’ai subi dans la cour d’école. J’me souviens avoir répliqué une fois à un grand de 7e année. Il a reçu ma grosse boîte à lunch « Bout-de-choux » dans le front!

Lorsque j’ai appris pour le suicide du petit Simon Dufour, ça m’a complètement ramenée dans cet environnement. J’ai les larmes aux yeux juste à écrire ces lignes.

Il faut en parler, de l’intimidation

C’est aussi simple que ça. Il y a la honte, il y a le silence, il y a la culture de la haine et de l’indifférence.

J’aimerais tellement qu’on parle d’une culture d’amour, de tolérance, d’une célébration de la différence.

Nous avons, au Québec, comme employeur, une obligation de prendre les moyens pour prévenir le harcèlement psychologique. Pourquoi ne pas instaurer ce même type de politique pour les écoles? Pour quelles raisons les directions ne seraient-elles pas imputables de donner les moyens aux parents et aux enfants de se faire entendre? Pourquoi n’impose-t-on pas une rencontre de médiation et de conciliation pour les victimes et leurs intimidateurs, accompagnés de leurs parents? Après tout, la job d’un enfant c’est d’étudier à temps plein.

Ce matin, j’ai demandé à ma mère si elle pouvait m’accompagner demain au salon funéraire pour lui rendre hommage. Elle m’a demandé pourquoi.

« Parce que t’es chanceuse que je sois encore là… »

Toutes mes plus sincères condoléances à la famille et aux proches de Simon.

P.S. Si vous vivez de l’intimidation en milieu de travail, lisez ce qui suit : CLIQUEZ ICI.

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