En mars 2019, j’ai moi-même subit une agression sexuelle. J’ai fait TOUT ce qu’il fallait. J’me suis présentée aux policiers avec une témoin qui a rempli une déposition de 6 pages dans les 2 heures qui ont suivi l’agression. J’ai dû insister pour faire ma déposition tout de suite alors que plusieurs recherches ont prouvé que plus vite une victime en parle, plus les souvenirs sont frais et plus c’est facile de les raconter aux policiers. On m’a même mentionné que j’ai été traitée comme une VIP.

VIP ou Salope

La vérité, c’est qu’aller voir les policiers pour parler d’une agression, c’est un festival de « slut-shaming ». La situation était grave au point que la témoin qui m’accompagnait est sortie en trombe de la salle de rencontre. J’ai de la difficulté à croire que les policiers des crimes contre la personne que j’ai rencontrés ont été formés pour intervenir auprès de victimes de crimes sexuels.

Quand je vous dis que j’ai tout fait pour que ça fonctionne, j’ai même fouillé par moi-même pour trouver d’autres victimes. La propriétaire de son logement est parfaitement au courant de ses pratiques, mais ne pouvait rien faire, son loyer est payé tous les premiers du mois. J’ai même remis aux policiers une lettre de sa part qui confirme tout ce que j’avais trouvé.

Les méthodes utilisées par les policiers pour établir le non-consentement datent des années 80. Il est inacceptable de dire à une victime « Es-tu certaine que ce n’est pas juste une mauvaise baise? ». Ce n’est pas aux victimes de plaider leur cause devant les policiers. C’est à ces derniers de poser des questions, d’écouter pour ensuite corroborer ou infirmer la version de la victime.

L’enquêteur au dossier a fait le choix de procéder à cette enquête par mandat. Donc, le suspect n’a jamais été rencontré, et cette décision a été maintenue par ses supérieurs malgré mes vigoureuses protestations.

Je ne sais pas quelle est votre définition d’un traitement VIP, mais la mienne n’implique surtout pas de me faire humilier comme une trainée quand je prends tout mon courage pour te raconter quelque chose d’aussi intime et difficile à partager.

Et ça continue avec le DPCP

Environ 6 semaines après l’agression, j’ai été convoquée par le DPCP. Lors d’une plainte pour agression sexuelle, le procureur assigné à l’analyse du dossier rencontre personnellement les victimes pour expliquer le motif de sa décision d’autoriser la plainte ou pas. Au moment de cette rencontre, j’allais bien. Oui, j’étais encore blessée, mais j’étais à 80% rétablie; ou disons plutôt que j’avais atteint 80% de ma productivité habituelle.

Ce fut un festival de « slut-shaming » prise 2. Pendant cette rencontre, la procureure m’a expliqué que j’avais consenti à mon agression; que mon agresseur aurait fait preuve de maladresse et que mes échanges de courriels avec lui prouvaient mon consentement.

Je savais que j’étais en droit de demander une révision de la décision de la procureure. Lorsque j’ai indiqué mon intention de faire une telle demande, la procureure m’a clairement fait comprendre que sa supérieure était au courant du dossier et qu’elle supporterait sa décision. J’ai donc décidé d’aller plus haut et de loger une plainte.

À la fin de cette rencontre, j’étais plus mal en point qu’après l’agression. C’est à ce moment que les symptômes de choc post-traumatique se sont déclenchés. J’étais complètement démolie, et le soir même, j’étais en classe avec mes élèves.

Ta thérapie ne fonctionne pas.

Le jour de l’agression, après m’être fait humiliée par les policiers, je me suis pointée à l’hôpital, je n’étais pas blessée, mais je voulais m’assurer qu’il n’y avait rien d’autre. Si vous êtes victime d’agression, et que vous êtes francophone, c’est à l’hôpital Notre-Dame qu’il faut vous présenter. Votre visite sera traitée en priorité 1 et vous rencontrerez une intervenante dans les 30 minutes qui suivent votre arrivée. Vous pourrez également bénéficier de 5 rencontres avec une intervenante spécialisée et il y a même un médecin qui peut vous rencontrer au besoin.

J’ai fait chacune de ces rencontres. Je me suis investie dans le processus de guérison. Et après les 5 rencontres, j’ai utilisé toutes les rencontres de mon programme d’aide aux employés pour continuer mon cheminement. Quand j’ai terminé les rencontres que j’avais en banque, j’ai payé moi-même pour de la thérapie.

Vous comprendrez à quel point j’étais hors de moi quand l’imbécile d’enquêteur m’a expliqué que si j’étais autant en colère, c’est parce que la thérapie que je fais ne fonctionne pas. Honnêtement, qui es-tu pour porter ce jugement complètement gratuit et basé sur ton absence de connaissances en psychologie?

Faire une plainte, à propos d’une plainte.

Après une très longue réflexion, après avoir parlé à des amis policiers, une plainte en déontologie de changerait rien à la situation. De plus, je crois beaucoup au Karma, et la merde que tu envoies dans les airs te retombera dessus d’une façon ou d’une autre.

En revanche, j’ai fait une demande de révision de la décision de la procureure. Au lieu de faire ma demande à sa supérieure, je l’ai fait auprès du directeur du DPCP pour la région. J’ai utilisé les outils présents sur leur site web. Nous avons fixé une rencontre au cours de laquelle j’ai discuté pendant plus d’une heure avec lui et son adjoint. La plainte n’a toujours pas été autorisée. Par contre, les raisons qui m’ont été expliquées ne me re victimisaient pas, et ne m’humiliaient pas, comme à la première rencontre.

Ce n’est pas le travail de Mark Zuckerberg de régler les cas d’agression.

Je ne souhaite à personne de vivre ce que j’ai vécu. Pendant ce temps, mon agresseur continue de faire d’autres victimes et je dois me taire. Cela dit, les médias sociaux ne sont pas la place pour régler des comptes d’agression sexuelle. Ce n’est pas le travail des médias sociaux de mettre au jour les pervers de ce monde. Tant que l’agresseur n’est pas condamné, ça peut être une atteinte à la réputation.

Notre système est brisé. Notre système se calisse des victimes. Et tant que ce sera le cas, il y aura des « call out » sur les médias sociaux. Tant que le système protégera les droits des accusés avant de protéger ceux des victimes, des agresseurs et des pervers narcissiques s’en sortiront en publiant des stories sur Instagram.

Merci de m’avoir lue.

Vous trouverez plus de contexte ici : Patron, il faut que je te dises, j’ai été agressée.

Agression

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